Billet d’humeur de Benoît Desaulle – 17.02.2024
En préambule, rappelons que « démocratie » vient du grec. Démos, le peuple et kratos, le pouvoir.
Point n’est besoin de faire une analyse fine pour comprendre qu’il s’agit d’un système politique dans lequel le peuple a le dernier mot. Il ne signifie pas que le peuple doit prendre les armes pour s’imposer mais que des institutions permettent au peuple d’être représenté par des élus, censés porter sa parole.
Contrairement à de nombreux pays, le nôtre bénéficie de ce régime au travers de notre république, terme qui, quant à lui vient du latin. Res publica, la chose publique.
La chose publique ne peut donc échapper au peuple.
La belle affaire ! Mais qu’en est-il, en réalité ? Une litanie de faits marquants nous montre que la démocratie est dévoyée, voire, devient démoniaque.
En 2005, les Français rejettent le référendum portant sur l’établissement d’une constitution pour l’Europe. Trois ans plus tard, le Traité de Lisbonne est adopté par le parlement (députés et sénateurs réunis en session commune à Versailles), sous l’impulsion de N. Sarkozy que nous avions élu un an avant. La voix du peuple est bafouée.
Plus récemment, dans sa décision, le Conseil Constitutionnel remet en cause une volonté clairement exprimée par le peuple via un vote de ses élus, sénateurs et députés, sur la loi Immigration, alors que la lecture attentive de notre Constitution permettait au Conseil de valider la plupart des articles.
Par ailleurs, l’évidence du souhait majoritaire d’un référendum sur l’immigration reste lettre morte, E. Macron en refusant le principe.
On pourrait également s’interroger sur l’injonction faite par le Conseil d’État à l’adresse de l’Arcom, en lui demandant de réexaminer l’attribution de fréquence à Cnews et à C8. Combattre la liberté d’expression est une atteinte caractérisée à la volonté populaire de se tenir informé par le canal qui lui convient.
Et nos élus ?
Il y a les virements de bord de celles et ceux que nous avons élus sous une étiquette qui nous convenait. G. Darmanin, B. Le Maire, E. Woerth, Ch. Estrosi, Ch. Morançais (présidente de la région Pays de Loire), il y a quelques jours, et bien d’autres.
Ont-ils la prétention d’entraîner, dans leurs errements, l’ensemble des électeurs auxquels ils doivent leur mandat ? Probablement pas. Ils n’ont cure de ces manants qui ne savent rien d’autre que de mettre un bulletin dans une enveloppe.
Ils ont donc, de ce fait, retiré à leurs électeurs le pouvoir qu’ils avaient de se faire entendre dans les assemblées.
L’exercice légitime de la démocratie voudrait que les changements de bord non signalés, lors de l’élection, imposent aux mauvais conducteurs de repasser leur permis de nous représenter. Pensez donc ! La démocratie est inversée puisque cette « délégation » de pouvoir que donne le peuple se transforme en incitation à valider, silencieusement, la nouvelle orientation de notre élu. Autrement dit, l’élu impose une ligne à un peuple qui comptait sur lui pour porter la sienne.
C’est un déni de démocratie.
On peut quitter un parti dans lequel on ne se reconnait plus, pour diverses raisons liées à sa structure même et rester dans son espace politique. Ce qui n’est pas acceptable, c’est de rejoindre un autre parti ou un autre mentor dont la ligne n’est pas formellement compatible.
Je sais que parler de vertu, en 2024, donne un côté suranné à mon propos. Et pourtant, ne pourrions-nous pas demander un effort en ce sens à ceux qui ont trahi notre confiance ?
Oui, la démocratie peut devenir démoniaque et quitter ses habits de lumière pour enfiler la cape noire de l’obscur.
Idéalistement vôtre !
Benoît Desaulle – Contribution Citoyenne