Avant-hier, le Conseil d’État s’est distingué dans un exercice anti-démocratique qui ne devrait pas lui ressembler. Ses conseillers qui, comme le dit l’adage, ne sont pas les payeurs, ont eu l’outrecuidance de se coucher devant l’exigence de Reporters Sans Frontières, association dont le but initial était louable (merci à Robert Ménard), mais qui est devenue le port d’attache de ce que la France sait si bien produire : des gens qui pleurent le Siècle des Lumières et qui s’enferment dans un dogmatisme absolu.

De fait, le Conseil d’État demande à l’ARCOM (Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique) de reconsidérer la partialité de Cnews, au motif que les invités de la chaîne seraient majoritairement peu objectifs. Entendez, de droite. L’horreur absolue !

Mais ce n’est pas tout. Les animateurs, chroniqueurs, éditorialistes de Cnews doivent être, selon RSF, comptabilisés dans le classement des bons et mauvais pensants, un certificat de baptême laïque ou, à tout le moins, un pin’s LFI ou EELV servant de garantie …

Dans quel monde vivons-nous ?

La Loi de 1881 sur la liberté de la presse s’appuie, entre autres, sur l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

Ces abus auxquels il est fait référence concernent la haine, l’appel à insurrection et toutes formes d’agressivité excessive.

Les différentes évolutions de cette loi ont encadré les conditions d’égalité des temps de paroles, en période de campagnes électorales, ce que personne ne conteste.

Mais, en période de « paix politique », aucune restriction formelle n’est prévue par la loi sur la liberté de la presse.

Pire, l’exigence de RSF, qui ne se porte que sur l’audiovisuel, ne tient pas compte du service public, étiqueté de fait comme bien-pensant. Avons-nous le droit d’en sourire ?

Et que dire de la presse écrite et radio ? Ne sont pas concernés Marianne, l’Humanité, Libération, Le Monde, l’AFP et quelques autres, pour l’écrit, et Radio France pour l’audio …

Deux poids, deux mesures ?

C’est surtout un petit pois dans l’esprit des porteurs de cette demande de mesures. Un petit pois qui discrédite totalement ses promoteurs.

Jusque-là, rien ne nous surprend.

Mais que le Conseil d’État donne quitus à cette requête me semble gravissime ! Car, enfin, il n’échappera à personne que l’équilibre politique ne devrait pas être exigé dans l’audio-visuel. Tout comme chacun choisit de lire le Figaro, Valeurs Actuelles, ou Causeur, plutôt que Libé ou Marianne, je ne vois pas où est le problème quand il s’agit, tout simplement, de saisir sa télécommande pour choisir la chaîne qui nous convient.

Se faisant, on nous infantilise, considérant que nous pourrions être dangereusement influencés si nous n’avons pas les capacités de discernement minimales …

Y en a marre !

Nous sommes adultes, avons notre libre arbitre, et sommes capables de savoir qui nous voulons voir et entendre, comme nous savons qui nous voulons lire !

Tout comme le Conseil Constitutionnel n’a pas tenu compte de l’article 45 de la Constitution qui aurait permis de valider certains des amendements sénatoriaux, le Conseil d’État se fourvoie dans les méandres du dogmatisme.

Nos institutions seraient-elles fragilisées ?

Il est légitime de le penser et ce n’est pas fait pour nous réjouir.

Gageons que l’idée du RIP (Référendum d’Initiative Partagée), portée par la droite, ne se transformera pas en RIP (Requiescat In Pace – Repose en Paix, en français) qui consacrerait la mort d’institutions historiquement respectables.

Nous ne voulons pas d’un accompagnement de fin de vie, nous voulons voir notre république flamboyante !

Benoît Desaulle – Contribution Citoyenne